Il y a des jours où un simple nez rouge décide de prendre les commandes.

 

Hier soir, j’étais tranquillement installée au Festival de Villeneuve-lès-Avignon, profitant d’un magnifique concert de steel drum. Les premières notes résonnaient, l’ambiance était douce, les gens avaient ce visage détendu que seules les vacances savent offrir.

Puis mon regard a été attiré par une file d’attente devant la buvette.

Peu à peu, les personnes venues acheter leur boisson se sont placées juste devant le public assis, masquant la vue, couvrant parfois même une partie de la musique. Personne ne semblait vraiment s’en rendre compte. Après tout, chacun vivait son moment.

Je me suis surprise à penser : « Il faudrait peut-être leur dire quelque chose… mais comment faire sans casser cette belle ambiance ? Les gens sont en vacances, ils sont là pour passer un bon moment… et moi aussi, j’aimerais simplement profiter du concert. »

Et puis, soudain… J’ai eu l’idée.

 

Comme souvent, mon nez de clown était dans mon sac. Je l’emporte partout, car cela pourrait toujours servir… Cette fois, oui !

Je l’ai sorti et je l’ai chaussé.

Et instantanément, quelque chose a changé.

 

Je me suis levée et je suis partie improviser une rencontre avec les personnes qui faisaient la queue. Les regards étaient surpris. Certains souriaient. D’autres restaient figés, ne sachant pas vraiment s’ils assistaient à une blague, à une animation… ou à un moment complètement improbable.

C’est alors que je suis tombée sur un homme avec qui j’ai commencé à discuter très sérieusement… de la meilleure façon d’organiser cette file d’attente.

 

Je lui ai proposé une idée tout à fait clownesque :
faire une « queue de crevette », c’est-à-dire une file toute courbée, pliée en deux, afin de laisser le passage libre et de permettre aux spectateurs de continuer à voir les musiciens.

Il m’a regardée avec un mélange de surprise, d’hésitation et d’amusement. On lisait presque dans ses yeux : « Celle-là, je ne l’avais pas vue venir… »

Puis il m’a répondu :

 

« Vous êtes motivée… allez-y ! »

Ce n’est qu’après que j’ai appris qu’il s’agissait… du directeur du festival !

 

Finalement, la situation s’est résolue presque toute seule. Les personnes qui faisaient la queue avaient elles aussi envie de voir le concert. Quant aux spectateurs assis, ils se sont levés et se sont naturellement rapprochés des musiciens. En quelques minutes, chacun avait retrouvé sa place, sans conflit, sans tension, simplement parce que le mouvement s’était créé.

Et puis il y a eu la plus belle surprise.

Au fil de mes échanges en clown, j’ai découvert que plusieurs des personnes rencontrées étaient des amis… d’amis… d’amis d’amis.

Comme quoi… Le monde est vraiment petit.

Et surtout, tout le monde souriait !

C’est dans ces moments-là que je mesure à quel point le nez de clown est un formidable accélérateur de lien.
Il contourne les masques que nous portons habituellement.
Il ne cherche ni à convaincre, ni à impressionner.
Il parle avec le cœur, avec la spontanéité, avec cette part de nous que nous n’osons pas toujours montrer lors d’une première rencontre.

C’est précisément cette expérience que je fais vivre dans mes stages de clown de théâtre et Labôs Clown. Lors de mes expériences de rue, avec les fameux « lâchers de clowns » que nous avions organisés l’an dernier pendant le Festival d’Avignon.

Parce qu’il suffit parfois d’un tout petit nez rouge… pour voir le monde autrement.

 

A bientôt, Stéphanie, Avec des Oui !